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Dans les propriétés viticoles, la vigne continue

Le 20 Avr 2020
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Publié par Benjamin Jeantet-Marconi
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Malgré la crise du Covid-19, l’agriculture fait partie des secteurs fortement encouragés à continuer leur activité : le cycle des saisons n’attend pas et il est nécessaire d’assurer la production nationale. Avec l’arrivée du printemps, le travail de la terre s’intensifie et les charges s’accumulent. Le commerce du vin, déjà fragilisé, est quant à lui figé depuis le confinement, ce qui ne manque pas d’inquiéter les vignerons dont le chiffre d’affaires s’effondre.

Une organisation du travail bouleversée

Les propriétés viticoles ont dû adapter leur travail et mettre au point en urgence de nouveaux process pour assurer le respect des gestes barrières. En cette période, la priorité est donnée au travail de la terre et de la vigne, qui demande beaucoup d’attention. Il y a 3 semaines, la France a fait face à une vague de gel. Il y a 3 jours, c’est la grêle qui s’est abattue dans le bordelais. Les vignes présentent maintenant plusieurs feuilles et ce sont les travaux du printemps qui s’enchainent : terminer la taille et le pliage, le maillage et le sécaillage, le décavaillonnage, le buttage, etc. Pour ce faire, les vignerons sont donc répartis à l’hectare pour éviter de se croiser, et communiquent le plus souvent par téléphone. Dans les bureaux, où se règlent les tâches administratives et commerciales, l’activité est très faible, et les tâches courantes souvent assurées en télétravail par des équipes réduites, mettant nombre d’employés au chômage partiel.

Des problèmes logistiques

Dans ce contexte de crise sanitaire, la priorité est donnée au transport des aliments et du matériel médical. Ainsi pour le transport du vin, les choses rentrent petit à petit dans l’ordre, mais on constate encore des dysfonctionnements : les créneaux sont resserrés, les délais mal assurés, les particuliers ne sont parfois pas livrés. A cela s’ajoute encore la lenteur de la logistique agricole, comme le souligne Pierre Cazeneuve du Château Paloumey en Haut-Médoc : « les délais pour faire réparer son tracteur ou s’approvisionner s’allongent, au risque d’entraîner un manque de réactivité des propriétés face aux aléas climatiques, par exemple pour les traitements relatifs à la pluie » Ainsi, le risque météorologique inhérent à l’agriculture pourrait cette année se voir accru par la crise.

Un commerce entre professionnels figé par l’épidémie

Les vignes dans le Médoc à la mi-mars - Photo © Aurélie Anney pour GOTA
Les vignes dans le Médoc à la mi-mars – Photo © Aurélie Anney pour GOTA

Avant la crise le commerce du vin français connaissait déjà des turbulences, avec notamment le recul du marché chinois et la taxation américaine de 25% supplémentaires sur les vins français en octobre dernier, ou plus récemment encore le Brexit. Le Coronavirus a entrainé une fermeture des frontières et de fait une paralysie de l’export de vin. Des affaires se nouent encore sur des marchés bien établis, en Asie ou aux Etats-Unis notamment, mais cela reste anecdotique. Il est à noter que quelques discussions commerciales reprennent avec la Chine qui lève progressivement ses mesures de confinement. Le marché français est quant à lui confronté à la fermeture des bars et restaurants, et au fonctionnement encore hésitant des caves à vin, qui tournent au ralenti quand elles ne sont pas purement et simplement fermées. Avec la saison estivale, ce sont d’habitude d’importants marchés récurrents qui se nouent à cette époque de l’année, aujourd’hui gelés. Aurélie Anney, directrice commerciale du Château Tour des Termes à Saint Estèphe témoigne : « Nous avons un partenaire caviste nationale qui nous prend 15 000 bouteilles tous les printemps depuis 30 ans. Au début de la crise nous préparions l’envoi de sa commande, qui a depuis été mise en attente » Dans ce contexte morose, il semblerait que seule la grande distribution et les sites de vente de vin en ligne tirent leur épingle du jeu et continuent de s’approvisionner auprès des propriétés, en particulier sur les premiers prix.

La vente directe aux particuliers

Tous les salons sont en suspens ou bien d’ores et déjà reportés d’un an. Pour limiter le manque à gagner, certains se tournent ou renforcent leur offre aux particuliers. Diverses initiatives voient le jour, principalement sur Internet. Des plateformes sont lancées, notamment sous l’égide des instances représentatives au niveau local, comme par exemple le site www.lesproducteurs-girondins.fr, édité par la chambre d’agriculture et du commerce de la Gironde, qui référence les producteurs. Les groupements de viticulteurs se mobilisent, comme les Vignerons Indépendants qui renforcent leur offre en ligne. Les propriétés communiquent sur les réseaux sociaux et font des offres commerciales, ou même solidaires, comme Le Château Pin de Fleur à Saint-Emilion qui reverse 10% de ses ventes aux hôpitaux de France.

A Bordeaux, les Primeurs reportés sine die

Après plusieurs semaines d’incertitude, et à 2 seulement de l’événement, c’est avec émotion que l’Union des Grands Crus classés de Bordeaux a annoncé le 13 mars dernier, suivie par les grands vignerons et acteurs de la place, le report des primeurs à une date ultérieure. On évoque juin ou septembre. Mais plus le temps passe plus l’espoir du report de la manifestation dans des conditions normales s’amenuise. La volonté de parler de ce millésime et de faire une campagne, même partielle, est présente. Monsieur Hubert de Boüard, notamment copropriétaire du Château Angelus en Saint-Emilion a plaidé en ce sens le 16 avril lors de son premier live Instagram dans lequel il a présenté le millésime 2019. Certains acteurs ont déjà annoncé leur intention de prendre des initiatives, mais sous d’autres formats, et dans d’autres lieux, au plus près de leurs clients. En attendant des bouteilles circulent et on s’organise comme on peut pour centraliser ou expédier des échantillons aux critiques et clients. Mais le vin en primeur ne se conserve pas et le respect des mesures sanitaires nécessite du temps, rendant les dégustations difficiles. Il est à craindre que peu de vins soient goutés cette année, la RVF ayant déjà annoncé ne pas prévoir sa seconde édition pour les vins non classés, et les Crus Bourgeois du Médoc ayant été avertis par les critiques qu’en l’état actuel des choses ils ne seraient pas dégustés. Outre la publicité du millésime, la campagne des primeurs a pour but d’assurer une constitution de trésorerie. Si elle n’avait pas lieu, elle risquerait donc de perturber l’équilibre financier de nombre de propriétés. A noter que sur ce point là encore, la grande distribution n’a pas rompu les discussions.

L’arrêt des marchés prive ainsi les propriétés viticoles de ressources alors qu’elles continuent à exposer beaucoup de dépenses. Face au besoin de trésorerie, les entreprises peuvent se tourner vers les aides prévues par l’Etat, mais celles-ci visent à pallier une situation temporaire et créent de l’endettement. Les plus pessimistes craignent un effet domino pouvant impacter jusqu’à la valeur des terres. Malgré les inquiétudes grandissantes, la cycle de la vigne continue. Et certains, comme Marie-Caroline Rozier du Château des Arras en Bordeaux Supérieur, relativisent : « le cycle continue et doit continuer, comme il l’a toujours fait. Ici le confinement rime avec famille, et la vigne nous donne tout le travail nécessaire, au grand air et au contact de la nature. Malgré les difficultés à prévoir, je me sens privilégiée ».

Informations pratiques :

Plateformes de mise en relation des producteurs avec les consommateurs éditée par la chambre d’agriculture et du commerce de la Gironde :
http://www.lesproducteurs-girondins.fr

Live Instagram de Monsieur Hubert de Boüard présentant le millésime 2019 à Bordeaux :
https://www.instagram.com/stories/highlights/18005738461286191/

 

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