Retour à la catégorie

Frappées par la crise du Covid-19, les caves à vins ont vu leur activité suspendue de fait et leur chiffre d’affaires s’effondrer. Autorisées à continuer leur commerce pendant le confinement, elles adaptent leur travail et rouvrent progressivement. Mais les services qu’elles proposent donnent pour l’instant des résultats balbutiants.

Des réouvertures progressives

La cave et bar à vin Le Vin’tage au Cap Ferret - Photo DR
La cave et bar à vin Le Vin’tage au Cap Ferret – Photo DR

Malgré l’autorisation de poursuivre leur activité, beaucoup de caves sont pourtant restées portes closes. Amélie et Valentin Roche Seguela, propriétaires de la cave et bar à vin Le Vin’tage au Cap Ferret témoignent : « Il était clairement établi que le bar devait rester fermer, mais nous nous sommes posée la question de la légitimité de l’ouverture de la cave. La priorité absolue étant la protection des personnes, notre commerce justifiait-il de prendre des risques ? Après une semaine d’hésitation, nous avons décidé que la boutique resterait fermée, mais proposons des livraisons à domicile dans le respect des procédures sanitaires établies. Et malgré ce choix en demi-teinte, nous avons reçu de nombreux messages de critique sur les réseaux sociaux ». Depuis un consensus s’est dégagé pour le soutien aux commerces de proximité et plus personne ne met en doute leur légitimité. Mais avant de rouvrir, il a fallu adapter le travail et le fonctionnement de l’entreprise aux procédures sanitaire, sans oublier que l’employeur est tenu à une obligation de moyen renforcée de sécurité envers ses salariés. Les petites structures qui n’ont pas ou peu de salarié ont pu s’adapter rapidement, le gel hydroalcoolique et la distanciation sociale étant leurs meilleures armes. A la cave L’Oenolimit à Bordeaux, on a aussi installé des barriques en guise de comptoir sur le seuil de la porte, afin que le client n’entre plus dans la boutique. Les plus grandes enseignes sont soumises à plus d’inertie et rouvrent petit à petit, en horaires restreintes et après réduction drastique de leurs équipes. « Pour le moment, sur nos 4 points de vente, j’en ouvre moi-même un seul 9 heures par semaine, laissant mes 11 employés en chômage partiel » témoigne ainsi Bertrand Deltil du groupe Passion Vins, propriétaire des caves Vinimarché à Bordeaux. La chaine nationale des caves Nicolas a quant à elle réouvert le 2 avril environ 50% de ses boutiques, en affichant les procédures sanitaires en boutiques et imposant notamment des règles strictes pour les files d’attente. L’allocution du président de la République du 13 avril n’a pas apporté de modification au régime du confinement, et vient donc conforter ce qui a été bâti dans l’urgence. Cette nouvelle organisation est assortie naturellement d’offres adaptées aux circonstances.

L’offre de nouveaux services

La cave de l'Oenolimit à Bordeaux centre - Photo DR
La cave de l’ Oenolimit à Bordeaux centre – Photo DR

Pour répondre aux impératifs de distanciation sociale, très vite se sont développés des services de livraison à domicile, avec dépôts des colis devant la porte. Quand le terrain s’y prête, certains s’inscrivent même dans une démarche éco-responsable, comme Cousin et Compagnie à Bordeaux qui livre à vélo, ou Mon Petit Caviste à Lille qui livre à pied, ganté et masqué. Puis se sont mis en place des systèmes de click and collect et de drive, notamment sur les boutiques bénéficiant de grands entrepôts comme Cash Vin ou les Docks du Vin. Ces initiatives s’accompagnent d’offres commerciales comme la livraison offerte, ou même solidaires avec par exemple le reversement d’une partie du CA à une association œuvrant contre le Coronavirus. Pour faire connaître ses services, il faut communiquer avec un public confiné, et cela passe principalement par Internet. Certains disposent déjà de certains outils ou même d’un site marchand. Pour les autres il faut alors créer ou actualiser son site, établir des catalogues de vins, ajouter des modules de paiement à distance, se référencer, communiquer sur les réseaux sociaux… Cela est souvent nouveau pour le caviste indépendant et ne correspond pas forcément à sa clientèle, à fortiori en milieu rural. Le travail du caviste est empreint d’un fort devoir de conseil, et il est le lien humain entre les vignerons et les consommateurs, on attend de lui qu’il nous raconte un vin. La réduction du nombre d’interactions sociales imposée pour lutter contre la propagation du virus induit donc une dématérialisation du travail du caviste, le rapprochant ainsi du mode de fonctionnement de ses plus grands rivaux, la grande distribution et les sites de vente de vin en ligne. D’autant que ces derniers n’oublient pas non plus de se renouveler, comme Millesima qui propose désormais un service Drive à son entrepôt de Bordeaux, et voient leurs ventes bondir sur le mois écoulé. Pour surmonter ces obstacles, de nombreuses initiatives sont prises par les commerçants de proximité et la solidarité s’instaure.

La solidarité des commerçants de proximité

Les commerçants autorisés à ouvrir unissent leur force, et divers corps de métier s’associent pour proposer des offres transversales à leurs clients. Les marchés alimentaires ouverts sont à cet égard révélateurs : le poissonnier s’associe avec le maraicher qui s’associe avec le boucher qui s’associe avec le caviste,Le personnel soignant de l'unité Covid-19 de l'hôpital Haut-Lévêque - Photo DR proposant ainsi une commande unique que le client final viendra retirer. Les associations de commerçants sont également sur le pied de guerre, comme Horizon Caudéran sur la commune de Bordeaux Caudéran qui a fait du port du masque par les commerçants son cheval de bataille. Sa présidente Valérie Kalaquin nous raconte : « Grâce au mécénat et au travail de nos couturières, nous avons commencé par livrer plusieurs milliers de surblouses au CHU. Il apparaît de plus en plus que les masques sont un bon élément de protection de la lutte contre la propagation du virus, et seront certainement au cœur de la stratégie de déconfinement qui débutera le 10 mai prochain. Alors face à la pénurie, nous avons lancé notre production et venons juste de livrer notre première centaine de masque gratuitement aux commerçants du quartier. Aujourd’hui la plupart sont très bien équipés, disposant également de gants et gel hydroalcoolique. Nous faisons aussi de la publicité pour nos commerçants ouverts, et aidons pour les situations urgentes, par exemple en livrant des personnes dépendantes ». Outre ces actions de terrain, des plateformes de référencement collaboratives voient le jour sur Internet : les commerçants sont invités à se référencer sur une carte géographique interactive, sur laquelle le consommateur peut cliquer pour obtenir toutes les informations nécessaires pour entrer en contact en direct avec le commerçant. D’abord sont apparues des plateformes réservées aux agriculteurs et producteurs pour la vente directe. Puis des plateformes généralistes pour les commerces de proximité ont vu le jour, comme www.caresteouvert.fr et www.dokamaps.com. Une carte vient de voir le jour qui est dédiée spécifiquement aux caves, et en référence déjà 800 sur le territoire français. Elle est éditée par Fabien Lainé et le lien est accessible en fin d’article. Sur les réseaux sociaux aussi des groupes se créent, mettant en relation les commerces et le public local, comme par exemple « Les commerces du Bassin à domicile » sur Facebook, qui se décline déjà dans plusieurs régions. On peut également citer les groupes d’entraides, comme Wanted Community, où les membres s’échangent les bons plans.

Mais de l’aveu des cavistes interrogés, les résultats sont pour l’instant très faibles, de l’ordre de 10% à 20% du CA habituel. Les diverses aides gouvernementales mises en place pour le soutien aux commerces ont pour but de palier à une économie « mise en pause » et sont temporaires. La suspension du loyer ou les prêts à taux zéro permettent de se maintenir à flot pour un temps, mais cela creuse le déficit qu’il faudra rembourser, et il est à craindre qu’en cas de redémarrage morose beaucoup ne puissent pas tenir ce rythme. Avec le confinement, les français consacrent plus d’attention à la cuisine et à leur alimentation, et le local de saison est plébiscité. La solidarité dont ils font preuve démontre leur détermination à sauvegarder le précieux lien social mis à mal par le coronavirus, et dont le commerce de proximité est un des fondements. Il leur appartient d’adapter leurs comportements d’achats aux valeurs qu’ils souhaitent voir défendues.

Informations pratiques

Carte collaborative cavistes :
https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?mid=11qV2ZR_KHaY6AAePLyD0C9PDfa7gaqH-&fbclid=IwAR09wKFCkKNwR1NhGYYedcqCCra_n5tqI1j1NiWYLTbt73mBlYO3gdim9Jk&ll=18.700153958510814%2C-2.8951752000000397&z=3

Cartes collaboratives généralistes :
https://dokomaps.com/coronavirus-les-endroits-ouverts
https://www.caresteouvert.fr/

Groupes Facebook :
https://www.facebook.com/groups/960978194359623/
https://www.facebook.com/Wantedcommunity/

Association Horizon Caudéran :
http://www.horizon-cauderan.eu/

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *